Sur la trajectoire du Canada
Monsieur Poilievre,
Je vous ai écrit une première fois pendant la dernière campagne. Un an plus tard, les inquiétudes de cette lettre n'ont fait que s'aiguiser; j'en publie donc cette version révisée, plus courte, et adressée autant à mes concitoyens qu'à vous.
Le problème fondamental du Canada est d'avoir bâti son économie sur l'immobilier plutôt que sur la production. Les Canadiens versent leurs revenus dans leurs hypothèques, laissant peu de place à l'investissement, à l'innovation et à la recherche qui créent la véritable croissance. Nos banques profitent de cet arrangement, nos gouvernements en dépendent, et notre dollar comme notre productivité en paient le prix. Pendant ce temps, la capacité du pays à protéger les siens contre la fraude, le crime et la négligence institutionnelle s'est érodée, et les Canadiens le savent.
Négocier en position de force
Les États-Unis se retirent de leur rôle de garant de l'ordre mondial et utilisent leur poids économique pour arracher des concessions, aux alliés comme aux adversaires. À mesure que s'ouvre la route commerciale de l'Arctique, l'intérêt stratégique américain pour la souveraineté canadienne ne fera que croître. Nous devons dialoguer directement avec Washington, sans illusions, et bâtir des solutions de rechange pour ne jamais négocier en position de faiblesse. Une entente CANZUK sur le commerce et la libre circulation avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni devrait en être le premier pilier.
Habitation : transparence, application, propriété
- Créer une base de données publique unique des prix de vente et des propriétaires, accessible par API, pour mettre fin à l'asymétrie d'information et aux surenchères à l'aveugle.
- Relier l'ARC aux prêteurs hypothécaires pour vérifier les revenus déclarés, et poursuivre la fraude hypothécaire avec de vraies conséquences, y compris pour ceux qui demandent la citoyenneté sur la foi de dossiers falsifiés.
- Limiter les sociétés et les FPI aux immeubles multilogements construits à cette fin, de douze unités ou plus; les maisons unifamiliales sont pour les familles.
- Prolonger et faire respecter les restrictions à la propriété étrangère, et interdire aux entités d'États hostiles les terres agricoles et les terrains près d'actifs stratégiques.
- Libérer des terres fédérales de la Couronne pour les premiers acheteurs, le terrain étant financé directement par le gouvernement à taux préférentiel.
- Rendre les taxes foncières et les droits de mutation déductibles de l'impôt fédéral, avec un crédit équivalent pour les locataires, afin que les Canadiens cessent d'être imposés deux fois sur le toit au-dessus de leur tête.
- Rendre les hypothèques sans recours : si les banques veulent les profits de la bulle qu'elles ont contribué à gonfler, elles doivent en partager les risques.
- Créer des communautés à bail foncier de 100 ans pour les Canadiens de soixante ans et plus, afin qu'ils puissent réduire la taille de leur propriété, libérer leur capital et échapper aux hypothèques inversées prédatrices.
Immigration : une citoyenneté qui a de la valeur
- Mettre fin au droit du sol inconditionnel : un enfant né ici devient citoyen si l'un de ses parents est citoyen ou résident permanent.
- Renvoyer rapidement et définitivement les non-citoyens reconnus coupables de crimes violents ou de fraudes majeures.
- Exiger que les demandes d'asile soient présentées depuis des pays sûrs, et compléter le rétablissement des visas là où les abus sont documentés.
- Réformer la réunification familiale autour de visas de longue durée autofinancés pour les parents vieillissants, les répondants garantissant les coûts.
- Instaurer une surtaxe de services aux nouveaux arrivants de 1 500 $ par adulte par année jusqu'à la citoyenneté, enfants exemptés, sur le modèle britannique, pour que les nouveaux arrivants contribuent dès le premier jour aux services qu'ils utilisent.
- Exiger davantage de la citoyenneté elle-même : les citoyens canadiens devraient porter une obligation fiscale mondiale modeste, comme les Américains, pour que personne ne jouisse des privilèges du passeport sans rien apporter au pays qui le délivre.
- Fixer une exigence de revenu pour la citoyenneté à 70 % de la médiane provinciale, mesurée sur le revenu du ménage avec des exemptions justes, pour que le passeport atteste l'enracinement, pas seulement la présence.
- Et récompenser la contribution réelle : les étudiants étrangers qui terminent un diplôme canadien et obtiennent un emploi dans leur domaine devraient avoir une voie claire et rapide vers la résidence permanente.
Santé : des comptes à rendre pour ce que nous payons
- Bâtir un dossier de santé interopérable unique dans toutes les provinces.
- Déployer à grande échelle la télésanté dirigée par le personnel infirmier, y compris des infirmières retraitées travaillant à temps partiel de la maison.
- Lier le système aux résultats : quand les délais dépassent la moyenne de l'OCDE, le contribuable reçoit un remboursement pour chaque mois supplémentaire d'attente. Si le système vous fait attendre, le système vous paie.
- Honorer la formation subventionnée par l'incitatif, pas la conscription : élargir la radiation de prêts étudiants pour les médecins et le personnel infirmier des communautés mal desservies, et des ententes volontaires de retour de service.
Une économie qui récompense l'effort
- Réduire l'impôt fédéral sur le revenu gagné et les heures supplémentaires pour récompenser le travail, pas la spéculation passive.
- Donner aux entrepreneurs un vrai départ : un crédit remboursable de 25 000 $ pour les nouveaux propriétaires d'entreprise, un soutien dans les premières années difficiles, et exiger des banques qu'elles publient et atteignent des cibles de prêts aux petites entreprises.
- Rétablir l'équité pour les consommateurs : déduire les dommages aux véhicules causés par la négligence gouvernementale des routes, créer un crédit de sécurité hivernale pour les pneus d'hiver partout au pays, et bonifier les incitatifs à la mise au rancart avec une année de transport en commun gratuit.
- Restreindre le passeport de ceux qui doivent plus de 100 000 $ en impôts, la même règle qu'applique Washington.
- Donner cinq ans au CRTC pour livrer des prix concurrentiels en télécommunications, faute de quoi il sera restructuré et le marché ouvert aux exploitants étrangers.
- Restructurer Postes Canada autour des colis et du service rural centralisé avant que ses pertes ne deviennent celles du contribuable.
Le Québec
La question de la souveraineté draine l'énergie nationale à chaque décennie. Tout futur référendum devra comporter une question claire et des conséquences négociées d'avance dans le cadre de la Loi sur la clarté, convenues avant le vote. La certitude, dans un sens comme dans l'autre, vaut plus que le statu quo. Et finissons-en avec la double déclaration : négocions une déclaration de revenus unique pour les Québécois.
Certaines de ces mesures sont audacieuses, et quelques-unes rompent nettement avec le statu quo canadien. Je ne m'en excuse pas. Le Canada a rompu son contrat social avec ses citoyens : les jeunes exclus de la propriété, les travailleurs imposés jusqu'à la stagnation, les honnêtes gens minés par les fraudeurs. Les mesures audacieuses sont la façon de rebâtir la confiance.
J'ai préparé des notes de mise en œuvre détaillées pour chacune des mesures ci-dessus et je serais heureux d'en discuter avec vous ou votre équipe.
François Larocque
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